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Karl Zötiswitz
Fort coup de vent
Autre pseudo : Kenshin Tokugawa
Nation au Front Atlantique : IIIe Reich
Flottille au Front Atlantique : I.Reichsflotte Vanaheim
Nation au Front Pacifique : Empire du Soleil
Flottille au Front Pacifique : Dai-roku Kantai Asahi
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Signature d'un soldat déchu

le Mer 25 Aoû 2010, 21:55
- « Doucement, doucement ! », s’écriait le capitaine du navire de recherche Banjo Paterson, tandis que son équipage s’échinait à remonter l’épave d’un ancien submersible japonais datant de la Seconde Guerre Mondiale à l’aide d’imposants treuils situés sur la plage arrière.

En effet, il y a quelques heures à peine, une poignée de scientifiques de l’Institut des sciences océanographiques de Sidney naviguant à bord d’un bateau de recherches océanographiques à une quarantaine de milles au large de Brisbane ont aperçu l’épave engloutie d’un sous-marin estampillé du matricule I-41, estropié par l’âge, alors qu’ils opéraient un drone sous-marin destiné à analyser le sol océanique. Immédiatement, la petite équipe scientifique alerta l’Australian National Maritime Museum de Sydney afin que les chercheurs, émoustillés par la nouvelle, effectuent les manœuvres nécessaires à la remonté et à l‘étude de cette fabuleuse trouvaille.

À force de patience et de précautions, le cigare de rouille encore humide était enfin glissé dans les cales sèches du port de Sydney. À peine avait-il été fixé à l’armature métallique de soutien qu’une équipe de chercheurs, l’arme au pied et l’œil vif, pénétrait déjà à l’intérieur de l’épave depuis l’écoutille située au sommet du massif. L’échelle qui menait au premier niveau était en piteux état. Certains barreaux manquaient et ceux qui avaient survécus à ces nombreux jours passés au fond de la mer peinaient à soutenir les pas de ces nouveaux arrivants.

Le premier chercheur posa enfin le pied sur le sol humide où reposaient les corps de poissons qui sautillaient encore, tentant vainement d’éviter l’asphyxie. Une atmosphère sépulcrale planait à travers les couloirs sombres et caverneux du bâtiment. D’épaisses couches de vase recouvraient les murs déformés par le long et pénible matraquage de la pression de l’Océan. Des gaines pendaient au plafond et les réseaux tubulaires qui longeaient les murs étaient largement inutilisables. À chaque nouveau pas la petite équipe de chercheurs pouvait entendre le grincement sinistre de l’acier à tel point qu’il en devenait effrayant de faire le prochain. Et chaque nouveau grincement raisonnait à travers le bâtiment dans un écho menaçant à en glacer le sang de la fière équipe. Il faisait noir. Les chercheurs ne parvenaient à s’éclairer que grâce à l’appui de fragiles lampes torches qui peinaient à percer l’épais brouillard ténébreux qui hantait le submersible. L’endroit respirait la peur, respirait la mort, et l’obscurité se mélangeait parfaitement avec le lugubre climat en un mariage angoissant communément observé dans les films d‘horreur hollywoodiens.

Un cri fit sursauter l’équipe de chercheurs: l’un d’eux, un peu trop couard, venait d’éclairer et tomber nez à nez avec le cadavre squelettique d’un ancien membre d’équipage de l’I-41. Un soudain haut-le-cœur le prit, alors qu’il tentait péniblement de reprendre ses esprits après cette frayeur inopinée. Mais finalement, les recherches reprirent. Ces lieux, aussi effrayants soient-ils, renfermaient peut-être d’anciens secrets d’époque et transpiraient le mystère. C’était comme visiter l’histoire, une nouvelle histoire dont ils étaient les pionniers. Un sentiment d’exaltation intense les poussait à ignorer la peur, et à s’enfoncer toujours plus dans ce rejet des abîmes.


Dernière édition par Karl Zötiswitz le Mar 16 Oct 2012, 23:49, édité 3 fois
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Re: Signature d'un soldat déchu

le Ven 03 Sep 2010, 22:10
Alors que le reste de l’équipe inspectait la salle des torpilles pour évaluer le degré de dangerosité des lieux, l’un des chercheurs s’aventura dans les quartiers des marins à quelques coursives de là. Il poussa une porte entrouverte rongée par la rouille qui dans un grincement aigu découvrit une petite pièce en désordre, sans nul doute la chambre du commandant. Quelques planches de bois qui formaient autrefois un lit étaient amassées dans un coin de la pièce avec les restes de draps déchirés. Une penderie aux portes bancales présentait une liste d’uniformes et de casquettes, sales et décousus, où seules les médailles d’or et d’argent avaient survécus au long périple du sous-marin, sans toutefois cacher de vilaines cicatrices bien visibles. Un chandelier rouillé mouillait encore dans une flaque d’eau croupie près de l’écritoire de bois renversé sur le côté.

Le scientifique, s’aidant de sa torche, ouvrit le petit tiroir du pupitre pour en sortir un coffret métallique gardé par un cadenas en mauvais état. Il n’eut aucun mal à venir à bout de la maigre et fatiguée sécurité qui protégeait son contenu, il l’ouvrit donc pour y découvrir le journal de bord d’I-41. L’eau n’avait pas réussi à pénétrer jusqu’au petit livret dissimulé dans sa cachette hermétique, il ne portait donc que les blessures du temps sur son papier jauni, vieilli, si fragile et friable qu‘on avait peine à le tenir dans la main sans qu‘il ne s‘effrite en de minuscules particules. Le chercheur s’empara de l’ouvrage et reposa le coffret. Serrant la lampe entre ses dents; il l’ouvrit…

Extrait du journal de bord d'I-41 a écrit:…Une nuit. Une nuit à attendre. Une nuit, si fragile, durant laquelle le silence à bord était tel que je pouvais entendre les cœurs de mes sous-mariniers battre au rythme impétueux de la peur. Une longue nuit qui à son terme révélerait si oui ou non, nous resterions en vie; une différence si fine, si volatile que sa simple description est aussi facile à réaliser que son accomplissement. Finalement, nous avons notre réponse, même si ce n’est pas celle que beaucoup d’entre nous espéraient…

Il nous est désormais impossible de modifier le cours de notre destin. L’eau envahit déjà mes quartiers. Je la vois remplir peu à peu la pièce. Je la sens, elle arrive à mes pieds. J’entends dans le couloir mes sous-mariniers tambouriner à ma porte, m’appelant de leurs voix tremblantes dans laquelle réside encore une once d‘espérance. L’espérance que je puisse encore faire quelque chose, que je donne un ordre, un de ces ordres qui d’habitude menaient à la victoire, ou du moins à la survie, qu’ils associent encore avec elle. Pourtant, j’ai échoué.

Le temps a eut plus facilement raison de moi que les grenades ennemies. Il y a des ennemis qu’on ne peut décemment pas vaincre. Chaque homme, chaque animal nouveau qui naît, n’importe où sur la Terre comme ailleurs, est instantanément plongé dans un immuable combat dont la triste issu reste inévitablement la même pour chacun d‘eux. Je me serais efforcé de mener ce combat à bien, mais il est des ennemis qui reconnaissent nos points faibles alors même que notre garde n’est pas encore baissée. Aujourd’hui, j’ai échoué. J’aurais échoué de toute façon. Mon âme s’éteindra aux côtés de celles de mon équipage, et il ne restera de nous plus qu’une vague idée qui défilera parmi les générations futures. Jusqu’à ce que le temps finissent inéluctablement par vaincre cette idée-ci, encore.

Voilà. Je n’entend plus frapper à ma porte. L’eau continue à monter. La fin est face à moi. Pourtant, je ne saurais dire pourquoi, mais je conserve survivant à ma déchéance une curiosité. Combien de temps encore durera cette guerre ? Qui en sera le vainqueur ? Ai-je fait bouger les choses ? Quelle auront été les conséquences de ma contribution à la guerre ? Je voudrais voir le visage du monde de demain, juste une fois. Car je lui conserve encore, survivant à ma déchéance, ma curiosité.


NB: Texte en grande partie inspiré de Kaamelott.
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