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Karl Zötiswitz
Fort coup de vent
Autre pseudo : Kenshin Tokugawa
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Le rideau de fer

le Mar 09 Oct 2012, 01:23
Étincelant de tous ces rayons, l’astre des jours venait chaleureusement caresser la coque de l’Admiral von Schwepenburg, le cuirassé sistership des géants allemands Bismarck et Tirpitz, un monstre d’acier qui crache le feu, s’il en est, et redouté à travers les océans. Tôt ce matin, alors que la nuit étoilée plongeait encore la rade de Las Palmas dans la pénombre, les timides rayons de lune étaient venus éclairer les gigantesques tourelles du bâtiment germanique qui s’avançait sans un bruit, discret comme un rôdeur sur la pointe des pieds, à travers le port de la petite ville espagnole qui mouille au large du continent sur les îles Canaries. Il s’était installé furtivement sur le quai qu’on lui avait réservé – son passage ayant été formellement inscrit dans les registres de l’administration portuaire pour effectuer un ravitaillement en fuel lourd et en vivres – et était resté là, sans un bruit, recouvert par le timide voile blanc que lui procurait la Lune. Il était si furtif qu’on aurait pu le confondre avec un reflet de l’Océan, avec un immeuble mal éclairé, ou bien n’était-ce simplement qu’une illusion due à la fatigue ? Mais quand l’aurore sonna à la porte, et que l’obscurité de la nuit fut balayée d’un simple revers par l’immense éclat du soleil, la superstructure de l’Admiral von Schwepenburg était bel et bien là, visible par-dessus les bâtiments trop proches, et toutes les têtes se tournaient pour observer les bouches béantes des huit canons de trente-huit centimètres qui inspiraient la peur, et aussi, étrangement, une certaine admiration devant ce qu’on pourrait appeler une œuvre de l’architecture navale.

En fait, le bâtiment était revenu après de long mois de course aux convois Alliés dans l’Atlantique Sud, alors que les services de renseignements Alliés le signalaient encore aux abords de Sainte-Hélène dans le Golf de Guinée, afin de rentrer à Kiel pour recevoir de nouvelles instructions ainsi que quelques modifications des instruments de navigation. L’amirauté avait opté pour un passage de quarante-huit heures dans le port espagnol plutôt qu’effectuer un ravitaillement au large, libérant ainsi le Nordmark – son pétrolier ravitailleur – pour que celui-ci puisse subvenir aux besoins d’un autre navire corsaire allemand en opération bien plus loin au Sud, ou bien était-ce au Nord… Ainsi, l’équipage aux ordres du commandant Karl Zötiswitz pouvait profiter de quelques moments de plaisir à terre qu’il n’avait pu retrouver ces derniers mois, isolé dans l’immensité de l’océan, après avoir, bien entendu, réglé les problèmes du soutage, du ravitaillement et des quelques détails administratifs inhérents à l’atterrissage du cuirassé. En effet, conformément aux conventions internationales concernant la prise en charge de navires belligérants pas un port neutre, l’Admiral von Schwepenburg devait rester quarante-huit heures à quai, ni plus, ni moins, avant de pouvoir à nouveau appareiller.

Les opérations de chargement furent très vite réglées. Quelques heures suffirent, le matin même, pour que le cuirassé Admiral von Schwepenburg puisse reprendre la mer. Les quelques quarante heures qui lui restait désormais à écouler pour être en conformité avec les accords internationaux n’allait donc servir que de permission aux deux mille six cents membres d’équipage qui avaient d’ores et déjà envahis les pubs et les clubs les plus proches du port. Le commandant responsable du navire allemand, quant à lui, ne faisait pas exception à la règle.
- « Oh, je vais aller me saouler et fumer des clopes, rien de bien constructif pour ce soir. », avait-il répondu au prochain officier de quart lorsque celui-ci lui avait demandé ces projets pour la soirée.
Cela l’avait fait sourire. Karl était le commandant du navire ce qui l’amenait inévitablement à ordonner et à hurler sur ses hommes lors d’affrontements en mer ou lorsque ceux-ci n’avaient pas fait leur travail correctement, mais en dehors de ça il n’était pas vraiment l’archétype du commandant autoritaire et fou furieux près à risquer sa vie et celles des marins sous ses ordres dans l’objectif de couler un navire ennemi comme pourrait l’imaginer ces homologues Alliés. Il était très apprécié des hommes du bord, connu pour être souple et toujours de bonne humeur, et il préférait l’amicale compagnie des officiers de son carré aux mondanités entre personnes de son rang organisées par l’amirauté dans des châteaux français. Quoi qu’il n’avait rien non plus contre ces mondanités, le vin qu’on y servait étant toujours de très bonne facture. Mais pour ce soir là, comme il l’avait dit, ces projets étaient d’un autre ordre.
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Karl Zötiswitz
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Re: Le rideau de fer

le Mer 10 Oct 2012, 17:45
Karl entra dans un bar un peu à l’écart du port marchand en compagnie de Claus Keitel, le Korvettenkapitän en charge de la machine de l’Admiral von Schwepenburg. Les deux compères partageaient une solide amitié depuis qu’ils s’étaient rencontrés à bord de Z-41, il y a de cela bien des années quand ils travaillaient encore sur le modeste destroyer. Ils faisaient une belle paire. À bord, en premier lieu, ils étaient passés maîtres dans leurs domaines respectifs et formaient ainsi une équipe solide et complémentaire qui était en partie à l’origine des nombreuses victoires qu’ils avaient menées depuis leur tout premier embarquement. À terre, aussi, lorsqu’ils étaient en escale, ils formaient une parfaite équipe de joyeux buveurs. Ils avaient foulé le sol de dizaines de pays, de tous les continents, et ils connaissaient sur le bout des doigts les emplacements des bars et des bordels de nombreux ports à travers le monde. Ce soir là, ils en connaîtraient un de plus.

-« Je sens que la soirée s’annonce bonne ! », s’exclama Claus après avoir passé la porte aux cotés de Karl.
Sur une petite estrade au fond de la salle jouait un groupe de jazz bebop un son calme et rythmé uniquement perturbé par le léger brouhaha général et les bruits de pas des personnes qui dansaient sur la piste située juste devant la scène. C’était le seul endroit vraiment éclairé, autour l’éclairage était tamisé. Ses teintes bleutées rendaient l’endroit à la fois intime et convivial. On pouvait aussi déceler quelques parfums de tabac à pipe et de cigares dans l’atmosphère. Des tables étaient décimées à travers la pièce, pas une n’était vide, et un léger attroupement entourait le comptoir où étaient servis les mojitos et les martinis. Il y avait du monde, mais le bar n’était pas bondé. Une demi-douzaine de marins allemands y avait d’ailleurs déjà trouvé refuge, assis à une table dans un recoin sombre en compagnie de six femmes qui riaient aux éclats.
-« Tu m’excuseras, reprit-il, mais je dois aller offrir un verre à une jolie demoiselle. »
Claus s’éloigna d’un pas nonchalant en direction du bar, laissant Karl seul à observer les coups de hanches des danseuses et les doigts du pianiste qui cavalaient sur l’instrument. Il sortit alors de sa poche un paquet de tabac Gauloises à moitié consommé pour rapidement se rouler une cigarette, qu’il alluma aussitôt. Il se dirigea ensuite vers le comptoir, souriant, une main dans son pantalon de lin – il s’était en effet vêtu d’un costume avec chemise à col ouvert pour passer la soirée plutôt qu’avec son uniforme plus réglementaire-.

Karl en était désormais à son cinquième verre de cognac, coupé à l’eau gazeuse avec un zest de citron. Les marins de l’Admiral von Schwepenburg étaient désormais partis tandis que Claus flirtait avec une jolie brune un peu serrée dans sa robe de soirée noire et menaçait de faire de même. Il y avait de jolies femmes ce soir là, de très jolies femmes, et c’est pourquoi tous les marins abstinents depuis des mois qui s’aventuraient dans l’établissement ne prenaient pas le temps d’écouter la pourtant prenante musique jazz que jouait encore le groupe de musiciens. Mais Karl, lui, l’avait pris, ce temps. C’était pourtant contraire à son habitude, d’ailleurs, mais jusque là il s’était contenté d’envoyer des sourires aguicheurs à celles qui avaient à un moment croisées son regard.

Un peu plus tard dans la soirée, Claus finit par quitter le bar. Il fit un furtif signe de la main à Karl quand la jeune femme qu’il accompagnait eut le dos tourné pour prévenir celui-ci qu’il partait, ce à quoi Karl répondit par un clin d’œil approbateur. Au même moment, les jazzmen finirent un morceau et se retirèrent de la scène pour prendre une pause bien méritée. Karl déposa alors son mégot dans un cendrier à portée de main et éloigna son verre vide pour finalement aller à la rencontre du pianiste qui se levait juste de son tabouret. Alors que ce dernier se dirigeait vers le comptoir pour prendre un petit rafraichissement, Karl l’interpela.
-« Bonsoir. Puis-je ? », lui demanda-t-il dans un anglais impeccable en désignant le piano à queue.
Le musicien fut un peu surpris de la demande, et dérangé par l’idée de laisser les rennes de la soirée à un inconnu, mais devant le caractère inhabituel de la demande il répondit d’un « bien sûr » un peu rapide. Karl s’installa donc derrière le clavier en jetant son veston en arrière de ses deux mains afin d’éviter de s’asseoir dessus. Il effectua quelques notes d’essai en tapant du pied pour prendre le rythme, puis entama un morceau de blues de sa composition. Et, après une introduction révélatrice, il accompagna la musique d’une chanson en se forçant à adopter une voix grave et profonde. La foule, qui s’était habitué à la musique jazz instrumentale et avertie que le groupe de musiciens faisait une pause, fut étonnée par le nouveau morceau entonné par Karl et se mit à l’écoute. Ce dernier n’était pourtant pas un virtuose, venant d’un milieu assez modeste il n’avait pas pu apprendre à jouer d’un quelconque instrument lors de sa jeunesse, mais il avait eut l’occasion de pianoter un peu lors de son passage à l’école navale à Kiel et avait continué lors de l’entre deux guerre de façon irrégulière. L’Admiral von Schwepenburg disposait aussi d’un piano à queue similaire dans le carré des officiers dont jouait souvent Karl soutenu par un des officiers navigateurs, un pianiste émérite, qui partageait avec lui son savoir faire, si bien que désormais Karl pouvait improviser de longs morceaux sans trop de fausses notes.

La chanson dura à peu près cinq minutes. Quand il eut fini, Karl improvisa un court final afin de pouvoir se retirer. Là, il eut l’heureuse surprise de se lever sous les timides applaudissements de la foule qu’il salua d’un bref signe de la main avant de rejoindre le comptoir. Quelques uns baragouinèrent des félicitations en espagnols que Karl ne comprit pas, puis il commanda un nouveau verre de cognac à l’eau gazeuse.
-« Joli doigté, lui dit en anglais le pianiste qui buvait à quelques pas de lui.
-Merci, je fais ce que je peux, répondit Karl en clignant de l’œil.
-Vous êtes très doué. »
Une voix féminine avait prononcé ces derniers mots dans le dos de Karl. Celui-ci se retourna pour se retrouver face à une splendide jeune femme d’une trentaine d’année en robe de soirée. Des boucles d’oreilles discrètes et scintillantes illuminaient son visage. Ses longs cheveux châtains glissaient par-dessus son épaule couvrant partiellement un médaillon d’argent qui plongeait dans un décolleté généreux. Ses lèvres pulpeuses esquissaient un sourire amical pendant que Karl se perdait dans ses yeux couleur de l’océan.
-« Vous me flattez », rétorqua-t-il en souriant et en ignorant totalement le pianiste qui lui paraissait bien loin désormais.
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Karl Zötiswitz
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Re: Le rideau de fer

le Ven 12 Oct 2012, 16:48
Karl et la jolie demoiselle s’étaient assis à une table afin de faire connaissance.
- « S’il vous plait, demanda Karl en faisant signe à un serveur qui passait à proximité. Mettez nous un nouveau martini ainsi qu’un cognac à l’eau gazeuse.
-Voulez-vous un zest de citron dans votre cognac ?, ajouta alors celui-ci.
-Faites donc cela.
-Je vous apporte ça tout de suite. »

Le serveur s’éloigna du couple afin d’aller chercher les boissons.
-« Alors comme ça vous êtes pianiste, reprit la jolie demoiselle, qui se prénommait Mélodie, affichant son plus beau sourire.
-Oh, je n’irais pas jusque là, plaisanta en retour Karl, mais disons que j’arrive à me débrouiller devant un clavier. »
Karl fixa les yeux infiniment profonds de la belle Mélodie. Son cœur palpitait et il se mordillait la lèvre inférieure comme à chaque fois qu’il était concentré sur quelque chose. Cela faisait bien longtemps qu’il ne s’était pas retrouvé devant un si délicieux visage.
-« Vous aimez la musique ?, reprit-il.
-Je ne suis pas une experte, mais je sais apprécier les bons morceaux.
-La musique est une chose extraordinaire. C’est le langage universel des Hommes. Un triste son de blues vous fera pleurer, quelques soit le pays d’où vous venez ou la langue que vous parlez, car la musique touche quelque chose qui est au fond de vous. »

Elle poussa un léger ricanement. Karl baissa les yeux et ricana à son tour.
-« Je vous fais rire ?, lui demanda-t-il en gardant un large sourire.
-Non, c’est juste que… vous semblez prendre tout ça très à cœur, balbutia son interlocutrice.
-Je suis un passionné », répondit Karl en haussant les épaules.

Ils restèrent à discuter pendant de longues minutes. La jeune Mélodie était radieuse dans sa tenue de soirée, et souriante. C’était une particularité que Karl appréciait, le sourire d’une belle jeune femme lui réchauffait le cœur et l’attirait bien plus que des yeux emplis d’envie ou des courbes généreuses. Et quant à lui, même s’il n’était plus tout jeune, il gardait des arguments convaincants. De longues années à faire du matelotage avaient sculpté son corps, pas au point de pouvoir se présenter aux premiers jeux olympiques que la guerre permettra, mais il gardait tout de même une forme que les autres n’ont pas forcément à son âge. Ses cheveux grisonnants avaient aussi un effet charmeur, mais ses atouts principaux résidaient dans son tact et sa joie de vivre. Ainsi, une complicité intime s’installa bien rapidement entre la belle Mélodie et un Karl charmeur.

-« J’adore la musique qui passe ici », avoua Karl lorsque le groupe de jazzmen entama un nouveau morceau entrainant.
Puis, éloignant son verre à moitié bu, il se leva et tendit la main en direction de son interlocutrice.
-« Me feriez-vous le plaisir d’accepter une dance ?
-Bien évidemment »
, répondit-elle en saisissant la main de Karl et en se levant à son tour.
Ils se dirigèrent vers la piste, un peu moins remplie que tout à l’heure, et s’installèrent face à face. Karl leva sa main droite au niveau de son épaule accompagné de sa partenaire, et fit glisser sa main gauche le long des courbes de la jeune femme pour finir sur ses reins. Elle fut surprise par l’attitude cavalière de Karl, mais n’en dit pas rien pour autant. Elle se contenta de lui lancer un regard confus. Karl nota cette absence de remarque, et pu en déduire que les limites de cette soirée se trouvaient un peu plus loin. Il absorba donc ce regard, et entama ses premiers pas de danse en fixant les yeux océan de Mélodie. Il n’était pas un virtuose du piano et il n’était pas non plus un danseur émérite, mais les nombreuses soirées similaires qu’il avait passé dans des bars dansant depuis qu’il naviguait lui avaient permis d’apprendre quelques pas qu’il n’avait plus aucun mal à reproduire. C’était un plus, d’autant que sa partenaire semblait ne pas trop mal se débrouiller non plus. Et ils s’approprièrent bien vite le rythme et la piste dans une synchronisation parfaite.

Ils dansèrent longtemps, pendant une heure, peut-être plus, sans voir ni le temps défiler ni les gens quitter un à un la salle. Ils étaient pratiquement les derniers à être restés sur la piste. Et, alors que le groupe finissait un morceau et qu’il commençait à envisager d’arrêter son travail pour ce soir Karl se tourna vers sa partenaire.
-« Est-ce que cela vous plairez de finir cette soirée quelque part d’un peu plus calme où nous pourrions regarder les reflets de la Lune sur l’océan ?, lui glissa-t-il à l’oreille.
-Où souhaiteriez-vous aller ?, demanda alors la jeune femme intriguée par cette proposition alléchante.
-Il y a une petite plage à dix minutes d’ici que j’ai repérée en venant, répondit Karl en désignant l’Est de la main.
-Décidément, vous semblez être plein de surprises, Karl. »
Elle sourit largement.
-« Vous aimez les surprises ? »
Elle ne répondit pas mais se contenta de présenter son bras à Karl, qu’il saisit aussitôt, et ils se dirigèrent vers la sortie.
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Re: Le rideau de fer

le Dim 14 Oct 2012, 11:24
Elle riait; aux éclats. Sur le chemin qu’ils avaient emprunté pour aller à la plage, Karl et la belle Mélodie n’avaient cessé de plaisanter et de jouer de la complicité qu’ils partageaient désormais. Ils ne s’étaient pourtant rencontrés que quelques heures auparavant, mais rien ne semblait pouvoir les perturber. Ils vagabondaient comme deux adolescents presque ivres qui profitaient de leurs jeunes années pour apprécier chacun des bonheurs de la vie qui étaient à leur portée sans se soucier des ennuis qu’ils pourraient rencontrer le lendemain. Ils firent quelques détours, louvoyant dans la ville endormie de Las Palmas, pour allonger ce moment si agréable jusqu’à leur arrivée à la plage.

La lune était belle ce soir là. On pouvait y voir sans l’aide d’une torche, et la douce caresse des rayons de lune sur la peau était délectable. L’odeur saline venait chatouiller les sinus des deux tourtereaux et le gazouillis des vagues et de l’écume devenait plus envoutant à mesure que la mer approchait. Et ils firent bien vite face à l’étendue sombre et calme de l’Océan et de la longue trainée blanche qui s’étendait depuis la plage jusqu’à la lune et qui semblait danser, au loin, sous les rides et les vagues.

- « Nous y sommes ?, demanda Mélodie en observant d’un œil émerveillé l’endroit.
Karl sauta sur le petit muret qui séparait la chaussée de pavés et la plage.
-« Elle est toute à nous », affirma-t-il en se retournant vers la jeune femme et en écartant les bras pour désigner l’étendue de sable fin.
Il prêta sa main à Mélodie pour l’aider à monter sur le muret.
-« Je pense que votre tenue est tout à fait inappropriée pour marcher dans un tel environnement, reprit-il en observant la paire d’escarpins de la jeune femme. Il va falloir y remédier. »
Karl s’assit alors. Il retira sa paire de richelieus noirs dans laquelle il glissa soigneusement ses chaussettes de lin. Il les déposa sur le muret puis il s’engagea sur la plage.
-« Vous venez me tenir compagnie ? », demanda-t-il en tendant la main vers son interlocutrice.
Celle-ci sourit et retira à son tour ses chaussures qu’elle laissa à coté de celles de Karl. Elle le rejoignit alors, lui saisissant la main.

Ils couraient sur la plage, soulevant le sable, laissant des traces de pas bien profondes sur l’étendue sablée. On pouvait entendre au loin les rires enfantins de Karl et Mélodie braver le silence de la ville endormie, ces rires qui sont si beaux à écouter, ceux qui feraient sourire le vieil homme parti se promener à quelques pas de là, ceux qui vous rappellent que, peu importe le lieu, peu importe l’époque, peu importe la guerre, il y aura toujours ailleurs, quelque part, de la joie et du bonheur. Karl courrait devant, il se retourna pour observer Mélodie se déhancher à chaque nouveau pas, soulevant sa robe émeraude scintillante au gré des rayons de Lune pour ne pas s’y prendre les pieds dedans. Et, alors qu’elle était absorbée par le regard charmeur de Karl, elle trébucha sur un banc de sable un peu trop solide. Karl la retint de justesse mais fut entrainée dans sa chute. Ils roulèrent dans le sable sur quelques pas, riant plus fort encore, puis ils se stoppèrent. Mélodie était couchée sur le dos, Karl était penché sur elle, et alors les rires laissèrent leur place à un long silence emprunt d’une tension légère et agréable qu’il serait trop difficile de décrire avec des mots. Il fixa ses profonds yeux bleus et du bout des doigts écarta une mèche de cheveux qui fendait le visage de la belle jeune fille. Puis, il finit son geste en déposant délicatement ses lèvres sur celles de Mélodie. Ils fermèrent leurs yeux pour mieux apprécier ce moment magique.
-« J’ai le cœur qui va exploser. », susurra Karl à son oreille.
Il saisit doucement sa main et la fit lentement glisser sur sa poitrine par-dessous sa chemise débraillée.
-« Tu le sens ? »
Elle ne répondit pas. Elle approcha simplement son visage pour lui rendre le baiser qu’il lui avait donné.
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Karl Zötiswitz
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Re: Le rideau de fer

le Mar 16 Oct 2012, 12:21
Karl avait connu beaucoup de femme. A Kiel, dans la campagne de Nuremberg où il avait grandi, ou bien lors des multiples escales qu’il avait effectué depuis qu’il s’était engagé dans la Kaiserliche Marine; Des femmes belles et amicales avec qui il avait passé des nuits que jamais il n’oubliera, jamais. Mais parfois, rarement, trop rarement, l’une d’entre elle a ce je ne sais quoi de très spécial. Un sourire, un regard, une personnalité, que sais-je. Mais chaque nouvelle seconde passée avec cette femme suffit à rendre sa vie meilleure, chaque nouvelle seconde suffit à faire battre son cœur plus vite encore, et il n’y a rien d’autre, plus rien, plus qu’elle et lui, si bien qu’il en mettrait de coté son patriotisme et son honneur et qu’il en abandonnerait ses principes les plus chers pour rester avec elle et vivre chaque soir de sa vie comme ce soir là. Après tout, le bonheur est le seul réel objectif de la vie d’un homme.

Ils étaient restés de longues minutes étendus sur la plage, observant les constellations danser sur le chant si doux des vagues, parlant de tout et de rien, entrecoupant leurs discussions de baisers tendres et délicats. Ils étaient si bien, là ; ils auraient voulu que cet instant dur toujours. Mais bientôt les étoiles se retirèrent une à une et un voile rosé commença à recouvrir l’horizon : l’aube d’une nouvelle matinée approchait et il fallu au grand damne du joli couple se retirer de la plage quand les locaux les plus matinaux commencèrent à aller au travail. Ils allèrent donc se rechausser et Karl raccompagna la demoiselle jusqu’à sa chambre d’hôtel un peu plus loin sur le front de mer.

Quand ils furent enfin devant l’entrée du modeste établissement, Karl déposa un dernier baiser, plus long et plus profond, sur les lèvres de Mélodie. Il fit glisser sa main dans la chevelure châtain de la belle en caressant délicatement ses pommettes de son pouce. C’était si bon, mais il ne pouvait s’empêcher de penser à l’avenir proche : c’était là sans doute la dernière fois qu’il verrait la jolie Mélodie, il ne lui restait que quelques heures avant de reprendre la mer, et cette seule pensée lui brisait le cœur.
-« Tu veux monter avec moi ? », lui glissa Mélodie qui retirât ses lèvres de celles de Karl.
Le cœur de ce dernier bondit. Il n’y avait à cet instant aucune chose qu’il n’aurait plus désiré que d’accompagner la demoiselle jusqu’à sa chambre. Il ne répondit pas. Il lui saisit la main et la suivit finalement lorsqu’elle entra enfin dans le hall du bâtiment.
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Re: Le rideau de fer

le Jeu 18 Oct 2012, 19:06
La douce lumière de l’astre des jours qui traversait la persienne saccadait la chambre d’hôtel. La chaleur enivrante du zèbre lumineux vint réveiller la jeune Mélodie qui était étendue nue sur les draps blancs du lit défait. La tête encore plongée dans les confortables oreillers, elle glissa son bras le long du lit pour y sentir le creux encore chaud d’une silhouette. Elle leva lentement la tête pour s’apercevoir qu’il n’y avait plus qu’une place vide là où il y avait la veille le tendre amant qu’elle avait rencontré. Intriguée, elle se dressa hors du lit, s’habillant de la couette blanche, pour se diriger vers la pièce à vivre. Quand elle ouvrit la porte qui séparait les deux pièces, elle aperçut Karl entrain de servir un café bouillant dans deux tasses posées sur un plateau au milieu de croissants chauds et d’oranges bien mûres. Celui-ci était déjà habillé du costume qu’il portait la veille, la chemise entrouverte pour lutter contre la chaleur qui avait déjà envahie Las Palmas. Il sentit le regard de Mélodie se poser sur lui.
-« Salut, dit-il en se retournant vers elle.
-Salut, répondit-elle avec un large sourire.
-Tu as bien dormi ?
-Pas vraiment »
, rétorqua-t-elle d’une voix malicieuse.
Karl ricana, et il déposa la cafetière près du petit déjeuner qu’il avait dressé.
-« Tu as faim ? Je suis allé chercher des croissants à la réception. »
Elle ne répondit pas. Elle s’approcha de Karl, encore enroulée dans la couette de lit qui trainait par terre, et se dressa sur la pointe des pieds afin de déposer un baiser sur ses lèvres.
-« Tu es décidément plein de surprise. », reprit-elle en fixant Karl dans les yeux.
Elle s’empara d’une tasse et y souffla dessus enfin d’en éloigner la fumée qui s’en dégageait avant de tremper le bout des lèvres dans le café chaud.
-« Je ne l’ai pas encore sucré, avertit Karl en déposant deux sucres dans la seconde tasse.
-Je le préfère comme ça », répondit Mélodie en buvant une seconde gorgée.

-« Mince, je n’avais pas vu l’heure ! », s’exclama cette dernière quand elle croisa du regard la pendule clouée au mur près de la fenêtre.
Elle déposa hâtivement le café sur le plateau et se précipita dans la chambre.
-« Pourquoi, qu’y a-t-il ? », demanda Karl intrigué.
On pouvait entendre depuis la chambre le bruit de pas pressés et celui d’un placard s’ouvrir. Il se dirigea vers la porte afin de voir ce que Mélodie faisait, mais à peine était-il arrivait à hauteur de la poignée que celle-ci s’ouvrit et que Mélodie sortit de la pièce.
-« J’ai rendez-vous à l’amirauté à dix heure ce matin, expliqua-t-elle en trottinant vers la salle de bain située à l’autre bout du séjour tout en essayant de retenir autour de sa poitrine la couette qui supportait mal tous ses mouvements brusques.
-« À l’amirauté ?, demanda Karl curieux.
-Oui, c’est mon boulot, je travaille dans la marine. », répondit-elle depuis la salle de bain.
Voilà une bien curieuse coïncidence. Il semblerait que Karl et la belle Mélodie ait bien plus qu’une nuit en commun puisqu’ils font parti tous deux du cercle restreint des gens de mer. Karl sourit largement, cette nouvelle le mettait en joie : serait-ce un signe ? Quelles étaient les chances de tomber sur une femme qui partageait son métier ? Si les surprises que présentent le destin le mènent invariablement à se rapprocher de Mélodie, il y a forcément une raison…
-« En voilà une coïncidence, reprit Karl en entrant dans la chambre ouverte où était étendu sur le lit un uniforme blanc bien en évidence.
-Pourquoi dis-tu ça ? », demanda Mélodie toujours dans la salle de bain.
Karl se rapprocha lentement du lit, mais à mesure qu’il approchait de l’uniforme, son large sourire s’effaçait de son visage. Et quand il arriva enfin à sa hauteur, ce dernier s’était totalement envolé.
-« Pour rien. », conclut Karl sur un ton défait et morose.

Les yeux de Karl restèrent fixés sur cet uniforme blanc sur lequel était épinglée à la poitrine une croix de lorraine bleue, blanche et rouge. Cet insigne, il ne le connaissait que trop bien, comme il connaissait aussi le gallon bien mis en évidence sur le biceps du haut : deux gallons droits surmontés d’une ancre, celui d’une enseigne de vaisseau de première classe de la marine libre française. La casquette installée tout à coté était marquée de l’estampille « L’Éloquence ». Ce nom, il l’avait déjà entendu. La veille au matin, ses hommes l’avaient prévenu qu’un petit tanker baptisé comme tel depuis lequel flottait le drapeau tricolore surmonté d’une croix de lorraine avait pris place à quelques quais de l’Admiral von Schwepenburg dans le port de la ville. C’était là l’uniforme d’un officier subalterne navigant à bord d’un navire de soutien des Forces Françaises Navales Libres.

Karl cessa de penser. Il ferma les yeux, espérant en vain se retirer de ce mauvais rêve, espérant qu’il se soit simplement fourvoyé sur la qualité de l’uniforme; mais quand il les rouvrit la vérité lui retourna comme une violente claque en plein visage. Et tout s’écroula. Alors qu’une belle et magnifique journée avait débutée, encore enlacé dans les bras tendres et doux d’une femme qui s’était emparée de son cœur, ce dernier venait de se faire éperonner en quelques secondes par la lance froide et cruelle de la réalité. Des milliers de pensées pénibles et désagréables vinrent l’éclabousser. Karl revenait de neuf mois de course dans l’Atlantique Sud durant lesquels il ne coula pas moins de sept cargos français, et de nombreux autres navires marchands Alliés. Et si l’Éloquence avait été parmi eux ? Il aurait fait de même, sans froncer le sourcil, et sans se préoccuper de qui pouvait être à la barre. Peut-être y avait-il des gens aussi bien que celle qu’il avait rencontrée le soir dernier ? Que se passera-t-il quand Mélodie découvrira qu’il est le commandant d’un cuirassé allemand ; Quand elle découvrira qu’il est celui qui a tué ses compagnons d’arme ? Qu’est-il sensé faire maintenant ?
-« Il faut vraiment que je me dépêche, dit une voix en provenance de la salle de bain.
-Prend ton temps, répondit Karl sur le même ton dénué d’expression.
-Si je prends mon temps, on y sera encore demain ! », ricana cette même voix.
Karl posa sa main sur la poitrine de l’uniforme, et la serra comme s’il voulait en arracher son cœur.
-« Prend ton temps quand même… », se murmura-t-il à lui-même.

Pris d’un élan de dégoût et de peur, il sortit d’un pas pressé de la chambre d’hôtel sans même prendre le temps de refermer la porte derrière lui.
-« Karl ? », appela Mélodie en entendant le bruit singulier d’une poignée qui claque.
Ce fut le dernier que Karl perçut. Il descendit l’étage à grandes enjambées et fonça jusqu’à la sortie de l’établissement.
-« Monsieur !, interpella le réceptionniste en le voyant partir. Partagez vous la même chambre que mademoiselle De Villefranche ? »
Karl se stoppa. Il observa son interlocuteur. Puis, à la réflexion, se dirigea vers lui afin de lui confier une liasse de pesos qu’il sortit de son portefeuille.
-« Gardez la monnaie. », dit-il sobrement avant de rapidement quitter le bâtiment.
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Karl Zötiswitz
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Re: Le rideau de fer

le Sam 20 Oct 2012, 13:12
Karl était assis par terre, adossé à la cloison de sa cabine. Il portait les mêmes vêtements que la vielle: un costume de soirée noir par-dessus une chemise blanche ouverte qui laissait apercevoir ses abdos saillants et sa poitrine meurtrie. Il ne cessait de passer sa main dans ses cheveux si bien que ceux-ci étaient dorénavant totalement dépeignés tandis qu’une barbe de trois jours commençait à recouvrir ses joues, il en tirait une allure négligée et misérable. Tenant une bouteille de schnaps à la cerise de sa main, il observait fixement le sol de sa cabine qui se floutait un peu plus à chaque nouvelle gorgée de la boisson. Il avait la mine basse et éplorée, des traits fatigués, l’œil humide. Il ne pouvait chasser de sa tête le visage radieux de Mélodie, ni l’image de cet uniforme blanc de la marine française libre. Il tentait vainement de noyer son chagrin dans l’eau-de-vie, mais plus il s’enivrait et plus les larmes devenaient difficile à retenir.

Le bruit singulier de quelqu’un toquant à la porte retentit à travers la cabine. Karl ne sursauta pas, il n’en leva pas même les yeux du sol. Il resta silencieux, il ne voulait voir personne. Cependant, la porte s’ouvrit sans prendre le temps de recevoir une autorisation. Claus Keitel, le fidèle ami de Karl, celui qui l’accompagnât au bar dansant dans lequel il avait rencontré Mélodie, entra alors sans prévenir. Il prit soin de refermer la porte derrière lui quand il aperçut l’état dans lequel était plongé Karl, qui but une nouvelle gorgée de schnaps directement à la bouteille.
-« Qu’est-ce qu’il t’arrive ?, demanda Claus en lâchant la poignée et en se retournant vers son interlocuteur.
-Rien, répondit sobrement ce dernier qui n’avait manifestement pas la moindre envie de parler.
-Tu es assis par terre avec une gueule de miséreux entrain de descendre une bouteille de schnaps, tu me prends pour un con ? »
Aucune réponse. Karl continuait de fixer le sol, silencieux comme une tombe insonorisée enterrée à vingt pas sous une couche de béton armé.
-« Karl, on se connait assez maintenant, reprit Claus en s’asseyant aux cotés de Karl. Tu peux bien me dire. Je t’ai quitté hier tout content dans un bar de la ville, alors qu’on était resté je ne sais pas combien de mois en mer, et je te retrouve complètement accablé dans ta cabine le lendemain. Qu’est ce qui a bien pu t’arriver ?
-J’ai rencontré une femme,
répondit Karl après avoir laissé un blanc de quelques secondes.
-Une femme ?, répéta Claus pour bien montré qu’il suivait la discussion.
-Elle est merveilleuse, belle. Je me sentais si bien quand j’étais dans ses bras…
-Et c’est de la quitter qui te met dans cet état ? Si elle te plait tant que ça, rien ne t’empêche de revenir ici quand l’amirauté te donnera quelques semaines de congés, et après ce qu’on a fait ces derniers mois ils te doivent bien ça !
-Elle bosse à bord de l’Éloquence comme enseigne de vaisseau... »


L’Éloquence, l’Éloquence, il ne fallu pas bien longtemps à Claus pour se rappeler du petit tanker français estampillé de ce nom de baptême sur l’étambot qui était amarré non loin de l’Admiral von Schwepenburg. Il comprit, et devint aussi silencieux que Karl. Dans ces moments là, il ne vaut mieux rien dire. Et il n’y avait rien à dire de toute façon. Il soupira, et observa à son tour le sol en tendant sa main en direction de la bouteille de schnaps. Puis, quand Karl lui eut donné, il la saisit et en but à son tour une gorgée au goulot.
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Re: Le rideau de fer

le Lun 22 Oct 2012, 17:55
Une nouvelle journée débutait, sur une mer agitée où déferlaient les lames d’écumes entre deux creux de vagues. Le pavillon rouge flamboyant du Reich flottait haut dans les airs, soulevé par un vent de force Beaufort huit – un coup de vent comme on l’appelle dans le milieu -. L’Admiral von Schwepenburg, qui naviguait en partie sur ballaste, roulait sur quelques degrés, soumis à la puissance du vent soufflant parfois jusqu’à quarante nœuds. Le soleil se levait, au loin, derrière les nuages noirs et menaçants se tenant face au fier cuirassé qui n’en gardait pas moins son cap, ignorant le mauvais temps; ces nuages qui plongeaient la mer dans une ombre prédatrice par-dessus laquelle semblait remuer un voile de pluie entrecoupé, parfois, par une lame d’un blanc éclatant parfaitement dessinée. Cependant, même si la tempête le menaçait, l’Admiral von Schwepenburg restait pour l’instant dans une zone où les rayons lumineux arrivaient encore à caresser la mer moutonnante, et il était accompagné de trois remorqueurs de taille plus modeste qui le guidaient jusqu’en dehors de la rade de Las Palmas.

Karl était à la passerelle, supervisant la manœuvre, avec un barreur, l’officier navigateur plongé dans un autre océan, celui des cartes marines, armé d’un compas et d’une règle parallèle argentée, l’officier en armement et trois veilleurs les yeux rivés sur l’horizon.
-« Poste de manœuvre avant pour la passerelle, nous avons largué la dernière remorque, crépita une voix à travers les parasites de la VHF de Karl.
-Bien reçu, répondit Karl dans le petit boitier noir. Virez l’aussière et vous pourrez quitter le poste de manœuvre.
- Poste de manœuvre avant pour la passerelle, nous virons l’aussière et nous quittons le poste de manœuvre »
, conclut finalement l’officier chargé de la manœuvre sur le gaillard.
Au même moment, la porte de la passerelle claqua : Claus Keitel entra en trainant des pieds, respirant fort, essoufflé, presque suffoquant. Il portait un bleu de travail gris et noir aux manches retroussées, tâché d’huile et de graisse et presque entièrement humide. Des gouttes de sueurs perlaient sur son front et coulaient le long de son visage pour venir pendre à sa mâchoire et finalement s’écraser à terre.
-« Alors, une amélioration ?, lui demanda Karl quand il s’aperçut de sa présence.
-La chaudière quatre refuse toujours de démarrer, le brûleur ne fonctionne pas, répondit-il en prenant de grandes bouffées d’air. J’y ai mis une demi-douzaine d’hommes dessus mais je doute qu’on puisse y faire quelque chose avant d’aller en cale sèche.
-N’insiste pas si tu ne peux rien y faire, inutile d’épuiser les hommes plus qu’ils ne le sont déjà. »

Karl se retourna presque instantanément vers la mer en saisissant une paire de jumelle.
-« En avant lente, la barre au soixante-dix, ordonna-t-il en collant ses yeux dans les oculaires de l’appareil optique.
-En avant lente, la barre au zéro-sept-zéro », répéta le barreur en s’exécutant.
Et, tandis que les trois petits remorqueurs s’éloignaient peu à peu du géant allemand, les cloisons de l’Admiral von Schwepenburg se mirent à vibrer, et ses trois hélices brassèrent l’eau dans une chorégraphie abstraite de remous et d’écume propulsant le cuirassé vers sa prochaine destination.

Quelques minutes après, l’Admiral von Schwepenburg naviguait déjà à sa vitesse de croisière. Le télégraphe était positionné sur Full Ahead, et les trois turbines à vapeur de propulsion accéléraient leur allure folle. Le vent chassait les gros nuages hors de la route qu’empruntait le cuirassé, comme si le temps lui-même fuyait devant les tourelles du monstre d’acier. L’Admiral von Schwepenburg naviguait vers le soleil, fendant la mer, mangeant l’horizon, rien de semblait pouvoir l’arrêter.
-« Bon, je vais retourner voir cette chaudière, se résigna Claus quand il eut enfin fini par retrouver une respiration normale.
-Commandant, navire français sur notre quart arrière tribord ! », hurla presque au même moment un veilleur depuis l’aileron tribord du navire.
Karl sursauta. Il se retourna brusquement et se dirigea d’un pas pressé vers la batayole par-dessus laquelle était perchée la vigie qui venait de signaler le bâtiment. Toujours équipé de sa paire de jumelles, il la dressa devant ses yeux pour mieux observer le navire ennemi. Celui-ci était apparu au détour d’une petite île à quelques milles de là et il était déjà très proche de l’Admiral von Schwepenburg au point qu’on pouvait presque discerner son pavillon à l’œil nu. Mais quand Karl eut fini de lire le nom de baptême bien en évidence sur sa proue, il abaissa son binoculaire et observa l’horizon d’un regard chargé de peur. Les battements de son cœur s’accélérèrent comme si ce dernier tentait de s’extraire de sa poitrine pour sauter à la mer.
-« C’est l’Éloquence, le tanker qui était à quai à Las Palmas », signala le veilleur, les yeux toujours rivés sur sa cible.
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Re: Le rideau de fer

le Mer 24 Oct 2012, 20:27
-« Que fait-on, commandant ?, demanda le barreur qui n’attendait plus qu’un ordre pour placer le navire en position d’attaque.
-Il est assez proche, on pourrait l’avoir en une seule bordée, expliqua l’officier en armement qui calculait déjà les paramètres de tir.
-Non ! »
Tout le monde se retourna à l’unisson en direction de Karl qui avait presque hurlé. Celui-ci se retrouva sous tous les regards songeurs de son équipage. Claus, qui était resté à la passerelle quand le veilleur avait signalé le navire français, l’observa. Il savait ce que Karl avait à l’esprit, ils en avaient parlé la veille. L’ironie du sort semblait s’acharner sur lui: voilà que le navire sous son commandement faisait face au bâtiment sur lequel travaillait la femme dont il s’était épris deux jours auparavant, le problème rencontré avec la chaudière quatre de l’Admiral von Schwepenburg avait retardé le départ de ce dernier et probablement fait correspondre sa nouvelle heure de sortie du port avec celle de l’Éloquence, et qu’il ne restait plus rien entre eux que son ordre de tir. Il fixa Claus dans les yeux, cherchant désespérément un soutien, quelque chose, mais à cette distance rien ne justifierais un contrordre. Il n’y a qu’à placer les tourelles dans l’axe et à actionner le percuteur, il n’y a même pas besoin de changer de route.

-« Venez au trois-trois-zéro, reprit Karl en brisant le silence qui pesait sur toute la passerelle.
-Commandant, nous nous éloignons de la cible ?, demanda le barreur surpris par l’ordre de son supérieur.
-Nous devons impérativement faire jonction avec le reste de la Reichsflotte Vanaheim au plus vite, le secteur n’est pas sûr et nous devons proscrire tout détour, tenta d’expliquer Karl en désignant la barre du doigt afin que le barreur engageât la manœuvre.
-Mais, commandant, on a juste à viser et à tirer, je viens de rentrer les paramètres de tir dans l’ordinateur, raisonna l’officier en armement qui ne comprenait vraisemblablement pas la logique de Karl, comme le reste de l’équipage d’ailleurs.
-Cela fait deux jours que l’Éloquence nous a signalés, les français ont certainement dépêché un contingent pour venir nous cueillir, continua d’argumenter Karl.
-Le temps que le contingent arrive, nous en aurons certainement déjà fini avec ce tanker, répondit alors le barreur qui n’avait toujours pas exécuté l’ordre de manœuvre.
-Ces eaux sont infestées de sous-marins Alliés, si certains d’entre eux sont venus à la rencontre de l’Éloquence nous courrons un grave danger en tentant de le couler. Aller vous oui ou non venir au trois-trois-zéro ?, commença à s’énerver Karl.
-Ce n’est l’affaire que de quelques minutes, les submersibles ennemis, s’il y en a, n’auront même pas le temps de se mettre en position de tir si nous attaquons maintenant », continua néanmoins le barreur approuvé par l’officier en armement.

Karl s’approcha de son subalterne, le regard colérique et rageur, et ne s’arrêta que quand il fut assez proche de lui pour lui hurler directement dans les oreilles.
-« Oberfähnrich zur see, seriez vous entrain de contester mon autorité et de contrevenir à l’ordre direct que je viens de vous donner, s’exclama Karl sur un ton colérique et autoritaire.
-Ce n’est pas à vous de décider de la viabilité d’un ordre. Quand le commandant vous ordonne quelque chose, vous vous exécutez sans discuter ! », compléta Claus en soutenant Karl qui en avait définitivement besoin.
Un blanc lourd et pesant s’installa à la passerelle pendant quelques secondes durant lesquelles les deux compères foudroyèrent le barreur, qui ne savait absolument plus où se mettre, du regard, alors qu’au même moment le petit tanker français engageait une manœuvre d’urgence pour s’éloigner du menaçant cuirassé allemand. Puis, l’oberfähnrich zur see s’empara de la barre qu’il tourna sur bâbord en répercutant « la barre au trois-trois-zéro ». Le navire entama sa giration alors que tous les yeux restaient rivés sur Karl.
-« Quoi, qu’y a-t-il encore ?, reprit ce dernier quand il s’aperçut que tout son équipage le fixait avec des yeux interrogateurs. Reprenez immédiatement votre travail ! »
Chacun se remit alors à son poste, faisant comme s’il ne s’était rien passé. Karl et Claus se regardèrent, à la fois soulagés que la tempête soit terminée et inquiets quant aux futures répercutions qu’elle allait avoir, puis Claus tourna les talons pour retourner à la salle des machines. Et une dizaine de minutes plus tard, l’Éloquence n’était plus qu’un tout petit point noir sur l’horizon qui disparut bientôt.
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Re: Le rideau de fer

le Ven 26 Oct 2012, 15:58
Deux semaines après l’escale de l’Admiral von Schwepenburg à Las Palmas, dans les îles Canaries, le cuirassé allemand achevait enfin sa longue mission dans les eaux lointaines de l'Atlantique Sud. Il avait rallié après sa sortie du port le corps de bataille dont il était habituellement l’une des pièces maitresses, celui de la Reichsflotte Vanaheim, avec ses sisterships les Trotha et Bismarck et les deux croiseurs de bataille Mackensen et Prinz Eitel Friedrich, et son escorte de croiseurs légers et de destroyers afin qu’ils regagnèrent ensemble leur port d’attache, Kiel. La traversée avait été calme, à l’exception de deux accrochages avec des avisos britanniques qui patrouillaient lorsque la Reichsflotte Vanaheim s’était engouffrée dans l’étroit bras de mer de la Manche, et ils avaient pu rejoindre les quais de Kiel assez rapidement. Et ce n’est pas sans pousser des cris de joie et de soulagement que des milliers de marins allemands avaient finalement reposé le pied sur la terre de leur chère patrie où ils purent serrer dans leurs bras leurs femmes et leurs enfants qui les attendaient impatiemment sur les quais, dans un bonheur si intense que les larmes coulèrent plus abondement qu’une tempête tropicale dans les Antilles à la saison des pluies.

Karl, lui, n’avait vu personne l’attendre sur le quai. Il n’avait ni femme ni enfant. Il n’avait jamais réussi à trouver chaussure à son pied, et si cela lui permettait lors des rares escales de son navire de s’amuser davantage que ses semblables mariés, il en regrettait cependant de ne pas connaitre ce genre d’émouvantes retrouvailles. Il lui arrivait d’observer pendant de longues minutes l’un de ses hommes se jeter dans les bras de la femme qui l’avait attendu durant de longs mois de silence pesant et effrayant, de lire la joie sur leurs visages, de sourire comme s’il partageait leur bonheur tout en essayant d’ignorer le pincement au cœur qu’il avait, toujours, et qui rendait ce spectacle aussi amer qu’émouvant. Il allait généralement trouver juste après un téléphone afin d’essayer de contacter ses parents, qu’il n’arrivait à joindre que bien rarement. Isolés dans la campagne de Nuremberg, ils ne possédaient pas de téléphone. Karl tentait à chaque fois de téléphoner au bar du petit village de Schwarzenbach dont il connaissait le tenancier, un ami d’enfance, mais le dur travail de paysan retenait ses parents dans les cultures et il n’arrivait que trop peu souvent que l’heure de son appel coïncide avec celle de leur passage dans le troquet. Karl devait ainsi se contenter des nouvelles que lui faisait parvenir le taulier, et il ne reverrait ses parents que si l’amirauté lui accordait une permission qui lui permettrait de retourner à la ferme où il avait grandi.

Au lendemain de l’atterrissage du cuirassé à Kiel, Karl fut convoqué à l’amirauté dans la matinée comme il est usuel de le faire afin de débriefer sur l’opération avec un représentant de l’État-major. Il marcha donc jusqu’aux bâtiments de la Kriegsmarine - l’hôtel où il résidait n’était qu’à quelques pas du port militaire - et entra dans le hall d’un bâtiment tapissé de dizaines d’enseignes rouges de la Kriegsmarine.
-« Monsieur Zötiswitz, l’amiral Krancke va vous recevoir », interpella une jeune secrétaire à peine avait-il passé la porte-battante de l’entrée du bâtiment.
Cette dernière avait reconnu Karl, ce n’était pas la première fois qu’il venait ici, et les nombreux faits d’armes qu’il avait accompli depuis qu’il était membre de la Reichsflotte Vanaheim lui avait octroyé une certaine notoriété auprès de tout ceux qui travaillaient d’une façon ou d’une autre pour la Kriegsmarine. La jeune secrétaire s’empara d’un combiné qu’elle coinça entre son oreille et son épaule libérant ainsi ses mains afin qu’elle notât le nom de Karl sur la feuille de visite.
-« Amiral, le commandant Zötiswitz est à l’entrée… Je le fais monter de suite. », répondit-elle à l’homme qui était à l’autre bout du fil.
Karl signa rapidement une feuille que lui avait tendu la jeune secrétaire puis se dirigea vers la cage d’escalier qui menait jusqu’au second étage où se trouvait le bureau de l’Amiral Krancke. Quand il fut enfin arrivé devant le bureau où il était attendu, il rencontra Claus Keitel qui patientait sur une chaise à quelques mètres dans le couloir.
-« Salut, Karl, entama celui-ci.
-Salut, que fais-tu ici ?, lui demanda Karl en lui serrant la main.
-Je dois voir le superintendant à propos de la chaudière d’AVS. Il faut que je lui fasse un topo sur ce qu’il ne va pas à la machine, répondit-il en désignant par-dessus son épaule une porte à l’autre bout du couloir. Tu viens faire ton rapport à l’amiral ?
-Ouais. D’ailleurs je dois te laisser, il m’attend dans son bureau.
-Quand faut y aller, faut y aller. »

Claus se rassit, tandis que Karl toqua à la porte et attendit qu’on lui autorise d’entrer.
-« Entrez ! », hurla finalement une voix qui lui parvint depuis l’intérieur du bureau.
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Re: Le rideau de fer

le Sam 03 Nov 2012, 00:52
Karl pénétra à l’intérieur d’un bureau sobre aux murs grisâtres impeccablement tapissés. Aucun tableau, aucune photo de proches, ou même pin-up, n’ornaient les murs et le mobilier de la morne pièce, à l’exception d’un grand cadre de bois entourant la photographie du Bismarck, le cuirassé de la classe éponyme, accroché dans le dos de l’amiral Krancke qui était assis à son bureau, lisant quelques rapports estampillés du sigle cramoisi « Top Secret » parfaitement reconnaissable. Ce dernier releva brièvement les yeux afin de voir qui était entré, puis déposa le rapport qu’il lisait au milieu d’autres paperasses afin de mieux se lever et d’effectuer le salut militaire d’usage, celui-ci que Karl rendit aussitôt.
-« Kapitan zur see Zötiswitz, Amiral, se présenta régulièrement Karl d’un timbre solennel volontairement forcé.
-Amiral Krancke, au repos Kapitan zur see », répondit dans le même ton son interlocuteur.
Karl relâcha les épaules et joignit ses mains dans le dos tout en restant le regard figé sur le cadre du Bismarck droit devant lui. Rares étaient les fois où il adoptait une allure si militaire, uniquement pour s’adresser à ses supérieurs lors de ses retours au port d’attache en fait, si bien qu’à le voir ainsi on aurait dit que ni une vague scélérate ni un raz-de-marée n’aurait pu le faire bouger d’un cil. Il restait là, stoïque tel une statue, attendant que l’amiral qui se rassit daigne lui adresser la parole.
-« Je viens justement de finir de lire le rapport de mission rédigé par l’un de vos subalterne, reprit-il finalement dans le grincement significatif d’un fauteuil qui craque. L’opération semble avoir été couronnée de succès. Le tonnage coulé approximatif est plus que satisfaisant, et la victoire sur le corsaire HMS Beauly Firth a largement soulagé nos lignes régulières vers les îles Ascension. J’ai aussi lu que vous aviez intercepté les HMS Mull of Kintyre et HMS Dutiful.
-C’est exact, amiral. Le Nordmark doit d’ailleurs encore transporter les prisonniers britanniques du HMS Mull of Kintyre.
-Le Nordmark les débarquera bien assez tôt, eux et les autres. Les destinations du Nordmark ne sont de toute façon plus de vos affaires.
-Bien sûr, amiral.
-Il y a tout de même quelque chose qui m’a interpellé,
continua-t-il en ouvrant à nouveau le dossier de l’opération en Amérique du Sud. Je lis là que suite à votre ravitaillement à Las Palmas vous avez croisé un navire rebelle français du nom de… l’Éloquence, est-ce bien cela ?
-C’est exact
, répondit brièvement Karl.
-Et je lis aussi que, malgré une position particulièrement avantageuse, vous avez renoncé à attaquer. »

L’amiral ferma brusquement le dossier qu’il jeta nonchalamment sur son bureau. Il se laissa tomber dans le fond de son fauteuil et fit passer sa main sur son menton pour bien ponctuer son attente d’explications.
-« Ce bâtiment français était venu à quai presque au même moment que nous, notre position était donc divulguée depuis déjà quarante-huit heures avant que nous ne quittions Las Palmas. Cela me semblait risqué d’attaquer ce navire qui aurait pu recevoir l’aide de renforts.
-Pourtant aucun navire n’était en vu à ce moment là
, remarqua l’amiral Krancke qui semblait vraisemblablement connaitre suffisamment l’incident sans qu’il n’ait à relire les rapports.
-Un submersible aurait tout à fait pu échapper à nos veilleurs, l’endroit est connu très dangereux. Nous avions d’ailleurs reçu un avis de sous-marins Alliés d’un de nos cargos isolés quelques jours auparavant, si je me souviens bien.
-Des paramètres de tir optimaux qui ne vous détournaient même pas de votre route ; même s’il y avait eu un submersible ennemi, ce qui me semble peu probable, que vous tiriez ou non n’aurez absolument pas changé votre sort
, rétorqua Krancke aussi sec.
-Notre mission était de rallier la Reichsflotte Vanaheim afin de faire route sur Kiel, il m’a semblait judicieux de m’en tenir à cet objectif sans nous disperser afin de minimiser un maximum les risques.
-Justement, le risque étant ici complètement nul, tout porte à croire que vous avez délibérément refusé d’attaquer ce navire français ! »

S’en était trop. Le ton autoritaire de son supérieur irritait particulièrement Karl et ses insinuations, bien que fondées, le mettait particulièrement mal à l’aise, si bien qu’à bout il en sorti de ses gonds.
-« Je n’ai pas trouvé judicieux d’attaquer ce navire, alors je ne l’ai pas attaqué. Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de si surprenant. Et si vous doutez encore de mon intégrité je vous invite à relire la liste de mon tableau de chasse, cela pourrait vous être profitable, rétorqua Karl avec toute la contenance qu’il pouvait encore garder.
-Ça suffit !, hurla en retour l’amiral Krancke en tapant du poing sur la table et en se levant brusquement de son fauteuil. Je vous interdis de me parler sur ce ton, vous oubliez peut-être à qui vous avez à faire ? Je vous reproche d’avoir fait une connerie, parce que vous avez fait une connerie, alors ce n’est vraiment pas le moment pour vous de venir par-dessus tout faire preuve d’insubordination ! Faites bien attention,, Kapitan zur see ! »
Karl se tu. Qu’aurait-il pu dire ? Il se contenta de rester stoïque, le cœur battant, en espérant que la tempête passe. Krancke resta à le fixer d’un regard exécuteur pendant encore de longues secondes, une grosse veine rouge parfaitement dessinée sur son front, le pointant d’un doigt réprobateur.
-« Heureusement pour vous, un autre de nos commandants a nettoyé vos erreurs », reprit finalement ce dernier.

L’œil de Karl bondit. Il fronça un sourcil, songeur, et une anxiété bien visible commença à redessiner son visage.
-« L’U-291 était en patrouille à un jour au Nord. Il a réussi à intercepter l’Éloquence au lendemain de votre accrochage. », s’expliqua l’amiral.
Le monde de Karl s’écroula. Son regard rigide et colérique se brisa en un œil apitoyé, désemparé. Il entrouvrit ses lèvres comme si sa mâchoire ne supportait plus son propre poids. Son cœur cessa de battre. Plus rien n’avait d’importance, plus rien ne comptait. Il n’y avait plus que lui, perdu sur un océan noir déchaîné à un doigt d’être englouti dans les profondeurs les plus abyssales de la tristesse et de la mélancolie.
-« Y a-t-il eu des survivants, demanda Karl en tentant de cacher son sentiment.
-Je ne sais pas, et ce ne sont pas mes affaires, répondit sèchement son supérieur. Vous recevrez d’ici peu vos nouveaux ordres de mission. Je ne veux plus d’incident, Kapitan zur see. Ai-je été clair ? Rompez ! »
Il se retourna et sortit, trainant les pieds et regardant le sol. Le poids du chagrin était incommensurable, jamais son corps n’avait été si lourd à porter. Et le temps… il s’était tout simplement arrêté. Ce simple aller jusqu’à la porte lui avait semblé durer une éternité.

Quand il fut enfin dans le couloir, et que la porte se ferma dans le claquement significatif, Claus Keitel, qui attendait toujours dans le couloir, vint à lui.
-« J’ai entendu crier, tu t’es fait enguirlander à cause de Las Palmas, demanda-t-il en observant les traits dépités de Karl.
-Un sous-marin l’a coulé, le lendemain de notre rencontre… », expliqua Karl sur un ton dénué de toute expression.
Claus se sentit mal pour Karl. Il connaissait tout de cette histoire, et il l’avait même soutenu lorsqu’ils avaient croisé l’Éloquence afin qu’aucune enseigne de vaisseau ne donnât un ordre de tir contrevenant aux ordres de son fidèle ami. Il partageait sa peine, même si elle était bien trop immense pour que cela ne change quoi que ce soit.
-« Tu sais, il est tout à fait possible qu’elle ait survécu, reprit-il finalement.
-Ne te fous pas de moi…, répondit tristement Karl. Quelles sont les chances qu’il y ait des survivants quand un pétrolier se fait torpillé ? Et même s’il y en avait eu, les U-Boot ne prennent pas de prisonniers, tu le sais aussi bien que moi… »
Claus se tu à son tour. Rien de ce qu’il aurait pu dire n’aurait pu soulager la douleur de Karl. Ce dernier, quant à lui, prit la direction de la sortie. Il ne prit même pas la peine de répondre à son ami qui lui demanda où il allait, et traina les pieds jusque dans le bistrot le plus proche afin d’y noyer son cœur. Mais tout l’alcool et l’opium du monde n’aurait su le soulager. Quelque chose était brisé en lui, rien n’y personne n’aurait pu en recoller les morceaux. Il ne restait plus que ce vieux bonhomme, cette coquille vide. C’était là le résultat de sa vie. C’est ça la vie. C’est ça la mort. C’est ça la guerre.


Dernière édition par Karl Zötiswitz le Sam 12 Jan 2013, 01:10, édité 1 fois
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Re: Le rideau de fer

le Sam 10 Nov 2012, 18:39
Mélodie De Villefranche survécut au naufrage de l’Éloquence. Un hydravion américain patrouillant au large du Maroc reçut un message de détresse provenant du pétrolier quelques minutes avant son naufrage et pu rapidement amerrir sur les lieux afin de repêcher les survivants, vingt-deux des trente-et-un hommes d’équipage du petit tanker français. Elle fut par la suite réaffecter sur un autre navire de soutien français qui joua un rôle important lors de la campagne d’Italie, la libération de la Corse et l’opération Anvil Dragoon qui fut le point de départ pour la reconquête du Sud de la France. À la fin de la Seconde Guerre Mondiale, elle quitta le monde de la marine pour retourner à une vie civile, travaillant d’abord dans une usine automobile Renault en tant que cadre moyen, puis come commerçante dans la boulangerie de son mari, Arthur Genevois, qu’elle épousa le 13 Mars 1953, dans la région de Saint-Etienne.

Karl Zötiswitz ne la revit jamais. Après avoir échoué à retrouver une autre femme dont il s’était épris quelques années auparavant lors d’une escale à Brest, et pour qui il avait baptisé son premier navire d’envergure – le destroyer 1936B Z-41 « Mathilde » -, il déserta la Kriegsmarine en Juin 1944 et fuit l’Europe encore en guerre pour aller au Mexique, d’abord, sur les rives du Golf du Mexique, puis à la fin de la guerre en Prathet Thai où il s’installa définitivement sur le littoral du Golf de Thailande, dans une maison en marge de la ville de Pattaya dans la province de Chonburi loin de l’agitation politique du pays. Il ne retourna en Allemagne de l’Ouest qu’à de rares occasions, notamment pour revoir ses parents et pour assister à leurs funérailles en Mai et Novembre 1951. Il finit ces jours en suivant de plus ou moins près les préceptes de la philosophie bouddhiste, un peu sou l’influence d’Asin Kitiyakara, une thaïlandaise avec laquelle il se maria selon les traditions bouddhistes en 1953.

Karl aimait à dire, et ce jusqu’à sa dernière inspiration, que « S’il y a une chose à retenir de cette histoire, c’est que rien ne justifie l’abandon de quelque chose qu’on aime. Ni l’argent, ni l’opinion des autres, ni même le patriotisme. »



[HRP] Sur cette fin de RP, je me retire de la communauté de DB. Ce sont des contraintes personnelles qui m'ont poussé à faire ce choix. J'ai passé de très bon moment sur DB et son forum, c'était d'ailleurs la première fois que je restait si longtemps sur un jeu Multijoueur comme celui-ci. Je tiens à remercier la communauté de l'Axe pour laquelle j'ai joué, et notamment les membres de la RF qui m'ont accueillis et avec lesquels je me suis marré comme jamais Very Happy , la communauté Allié dont les membres ont toujours gentiment accepté de se faire couler (même si parfois il me renvoyaient volontiers la politesse ^^), mais surtout et avant tout les admins sans qui cette aventure n'aurait jamais pu être possible (et ça on a tendance à l'oublier !). Bonne continuation à tous ![HRP]
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Re: Le rideau de fer

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