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Heinrich Von Forstner
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La dernière torpille

le Mer 16 Mai 2012, 23:08
La dernière torpille


Hormis sa casquette de Kaleunt sur le crâne, rien ne distinguait Schönder de ses hommes.
Tous étaient sales, suant de crasse, blafards, le visage mangé par une barbe de plusieurs semaines.
Il faisait une chaleur lourde à bord du U-1061, et c'est torse nu et en short que chacun attendait à son poste de combat.
Voilà près de vingt-quatre heures que le sous-marin était en plongée et la concentration en gaz carbonique affolait dangereusement les indicateurs. Les quarts de veille tournaient pour permettre à l'équipage de se reposer un peu. Le silence était de règle à bord et on limitait les déplacements au strict minimum.
Tous attendaient la nuit avec impatience, que le Kaleunt donne enfin l'heure de faire surface pour profiter de l'air renouvelé. Ces longues heures en plongée usaient toujours un peu plus les organismes pourtant endurcis et habitués à plus de trois années de guerre sans merci.
Schönder se tourna vers l'Oberfunkmaat et l'interrogea du regard.
Ce dernier, écouteurs sur les oreilles fit un signe de la main : « Zerstörer, au 310, Herr Kaleunt. Longue distance. Se rapproche rapidement... »
Un destroyer, la prudence était de mise. Les machines stoppées pour une meilleure écoute, tous étaient attentifs aux informations que le radio transmettait à son commandant,
Le léger bruit de navire de guerre audible à l'hydrophone inquiétait sans plus Schönder ; les tubes étaient chargés et le navire avait de la ressource. Des destroyers anglais ou américains, il en avait croisé un certain nombre dans tous les endroits de l'Atlantique, du nord, comme au sud.
Ce qui le préoccupait plus, c'était l'avarie moteur survenue la veille, alors que le navire se rapprochait de deux cibles apparues le matin même. Difficile de réparer lorsqu'on est en manœuvre de combat.

Le bruit devenait de plus en plus audible à l'hydrophone. Après avoir écouté pendant de longues secondes avec les écouteurs que lui tendait le radio, Schönder posa sa casquette et se dirigea vers le périscope d'observation. Le long tube s'éleva, et quelques instants plus tard, il posa son œil contre l'optique, tout en manoeuvrant la poignée du périscope. Schönder scruta l'horizon sur 360°, puis le ciel. Il distingua les étoiles et la lune, et se retira de l'objectif, satisfait.

«  Un Tribal... Il s'éloigne au sud-est... »

Son second, fixant la table à carte se frotta le menton.
« Il nous coupe la route vers Mogadiscio, Kaleunt... »
Schönder acquiesça. « Tant pis. On fera le grand tour par l'Est de Madagascar... On a encore assez de mazout pour faire la traversée retour jusqu'à Gough ou Walvis Bay... On marchera en plongée dès que la menace se sera éloignée... »

Pourtant, un petit sourire au lèvres, il se tourna vers le Leintender.
« Combien de temps pouvons nous encore tenir en plongée ? »
« Un peu moins de trois heures, Herr Kaleunt » répondit l'ingénieur de bord.
« Alors attendons encore un peu... La nuit est tombée, nous ferons bientôt surface et marcherons moteur à fond pour nous sortir de ce piège à rat... Mais réparez d'abord ce fichu diesel !»

Lors de l'escale à Mogadiscio, il avait fallu ravitailler rapidement. U-1061 était arrivé de nuit pour éviter d'attirer l'attention. Il ne faisait aucun doute que l'information était déjà vendue aux Anglais et que l'effet de surprise risquait de tourner court. Ces Somaliens n'attendait qu'une chose, c'était l'arrivée des Anglais pour chasser les Italiens et prendre leur indépendance. Le sous-marin avait fait le plein de torpilles, de carburant et de conserves de macaronis mais le temps avait manqué pour changer un des cylindres qui handicapait le sous-marin à pleine vitesse.
Schönder se tourna vers son second et hésita un instant. Une idée venait de lui traverser l'esprit.
« On pourrait tenter un gros coup et couler ce Tribal, non ? En faisant route vers lui cette nuit, on pourrait lui envoyer avant l'aube trois torpilles acoustiques qui le mettraient certainement en perdition ou le couleraient... »
« Seul, c'est risqué, Kaleunt... Nous ne savons pas où est le japonais... »

La veille, ils avaient attaqué conjointement un groupe de trois navires battant pavillon français. Un sous-marin japonais patrouillait en corsaire dans ces mers peu fréquentées par la marine de guerre Alliée, où les convois marchands étaient abondants Un petit marchand côtier avait été coulé rapidement par le Kaidai III. L'un des Avisos était en perdition. L'autre, plus chanceux avait pu s'esquiver mais l'alerte avait été donnée et il fallait s'attendre à une riposte sous peu.
Schönder était arrivé juste pour la curée, achevant de jour l'Aviso d'une T5. Il avait suivi tranquillement la scène au périscope, toutes machines stoppées. Sa torpille acoustique toucha à la poupe le petit navire de guerre qui avait déjà pris de la gite après un coup au but, et l'envoya par le fond en trente secondes. Il savait que son allié n'était pas loin mais il n'avait pas reçu de nouvelles du sous-marin japonais depuis déjà une dizaine d'heures.

La nuit était complète. Le moment était venu de faire mouvement.
Il n'y avait plus qu'à donner l'ordre de remettre les batteries en route, refaire surface et diesel en flank vers le grand large, en espérant que ce fichu moteur tienne le coup.
La campagne prolifique dans l'Océan Indien s'achevait. Il était temps pour U-1061 de prendre le chemin du retour vers l'Atlantique.
L'I-Wo transmis immédiatement les ordres et la première équipe de quart se précipita dans le Zentral, attendant que le sous-marin soit en surface pour monter dans le kiosque à la suite du Kaleunt, dès qu'il aurait ouvert l'écoutille d'accès à la « baignoire ».
Enfin ! Respirer !
Les ventilateurs tourneraient à plein régime, et quel bonheur de sentir la fraîcheur de la brise marine envahir le U-boot et renouveler l'air vicié.
Schönder jeta un dernier coup d'oeil dans le périscope.
La mer était agitée et les crêtes des vagues blanches d'écume empêchaient une visibilité correcte au périscope. La lune partiellement voilée ne laissait qu'une faible trace à la surface des flots et n'aidait pas non plus à voir au loin. Même si près du rivage, les reliefs de la côte de Somalie étaient à peine visibles.

« Paré à faire surface ! »
« Videz les ballasts ! »
« Machine avant un quart. »

Le sous-marin vibra doucement dès que les moteurs électriques se mirent en route. Avant de rentrer le périscope, Schönder posa une dernière fois le regard dans l'optique. Il resta figé une seconde, pétrifié d'horreur, et hurla :
« Untertauchen ! Schnell, schnell !... Plongez 150 ! Barre à tribord toute !... »

Là, sous ses yeux, à pleine vitesse, un destroyer français fonçait droit sur lui, à un demi-mille seulement. D'où sortait-il ? Comment se faisait il qu'il ne l'avait pas vu ? Pourquoi le radio n'avait-il rien décelé ?
Schönder n'eut pas le temps d'avoir les réponses à ses questions. Le bruit des moteurs du destroyer s'entendaient même sans l'hydrophone. Surpris en pleine manœuvre le sous-marin ne pouvait inverser si vite son mouvement et s'échapper en plongée profonde. Il resta entre deux eaux, comme une grosse boite de conserve qui allait se faire broyer.
Schönder croisa du regard son second. Un dixième de seconde suffit. Les deux hommes comprirent. Ainsi que le moment était venu, il était trop tard pour fuir. Le glorieux Troisième Reich qui n'avait plus rien d'autre à offrir à ses soldats qu'une mort glorieuse sur un champ de bataille irait certainement d'une grande envolée lyrique et d'une belle citation posthume pour l'As de la Ubootwaffe. Mais la mort des sous mariniers n'a rien de glorieux. Elle est d'une banale horreur, comme des taupes dans un tunnel qu'on noie au tuyau d'arrosage, un petit sourire aux lèvres en murmurant : « bien fait ! ». Juste retour de bâton, sans doute, pour celui qui avait déjà envoyé par le fond près d'1.325.000 tonnes de navires alliés, toute nationalités confondues.

« Achtung ! Wasserbomb !
Les premières explosions secouèrent le pauvre bâtiment et jetèrent les hommes à terre. Des voies d'eau. Des cris et l'obscurité qui se fait. Et rien à faire qu'espérer que tout cela soit le plus bref possible. D'autres séries d'explosions rapprochées ne laissèrent plus l'ombre d'un espoir sur le destin d'U-1061. Les charges explosaient les unes après les autres, aggravant encore les dégâts. U-1061 comme un boxeur sonné mais pas encore K-O, attendait son coup de grâce.
"Pourquoi maintenant... pourquoi si vite... J'aurai tant voulu revoir une dernière fois ma..."
Ce furent ses dernières pensées.
Un dernier coup au but éventra complètement le sous marin qui sombra corps et âme dans les eaux tièdes et tumultueuses du Golfe d'Aden. Les requins profitèrent de l'aubaine durant une journée. Seuls quelques débris flottant à la surface, au milieu d'une nappe de mazout, furent récupérés par l'équipage du Mogador qui vengea ainsi le Commandant Le Calvez.
Il aura eu le privilège de recevoir la dernière torpille tirée par Schönder.

Ainsi disparut en mer, le dimanche 13 mai 194... le U-1061 et tout son équipage.
Paix à leur âme.





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Hans Ratberg
Tornade
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Re: La dernière torpille

le Jeu 17 Mai 2012, 00:44
Le 14 Mai 194x : 0h55
Quelque part au large de Nazareth


Pour un As...

Le kaleunt Ratberg prenait un peu de repos dans le carré des officiers, endormis au son doux du diesel dans la moiteur torride de son bâtiment. L'officier en charge du deuxième quart était sur le kiosque avec 3 hommes en train de fumer une cigarette. Les eaux étaient calmes dans les parages et on ne signaler aucun navire ennemi dans la zone. Les hommes montaient à tour de rôle respirait l'air du large après une longue plongée : le kaleunt Ratberg avait ordonné un exercice qui avait durer plus de 20 heures. Les organismes étaient éprouvés et les nerfs à vif.
Alors que le second arrivait dans le Zentral, le radio l’appela : une communication prioritaire du BdU était en cours de transmission. Le second allait donc au poste radio et sortir Enigma pour décrypter la transmission. Le radio tendit le message au second qui commença à retranscrire le message. Avant la fin du message, le second blémit... Le radio n'osait pas rompre le silence qui s'était installé.

"Les codes de l'Enigma ont été changés ?"
"Ce sont les nouveaux en vigueur depuis hier, Monsieur..."

Le second froissa la feuille sur laquelle il avait décrypter le message et s’exécuta à nouveau. De longues minutes s'écoulèrent...

"Faites réveiller le Kaleunt, Gerhard ! Immédiatement..."

La rumeur se propagea dans l'U-1059. La tension était à nouveau palpable au sein de l'équipage : le second avait fait réveiller le commandant alors qu'il ne devait prendre le quart que dans 4 heures... Quelque chose de grave était en train de se jouer.
Le kaleunt arriva dans le Zentral, la plupart des hommes étaient réunis.

"Que se passe t-il Steffen ? Quel mouche vous a piqué de me faire réveiller ? Les hommes ne sont pas au poste de combat, ce ne doit pas être si grave..."
"Kaleunt, nous avons reçu un message prioritaire du BdU..."
"Et bien Steffen, quels sont les directives de Dönitz ?"
"Monsieur, ce ne sont pas des ordres... On nous informe qu'un de nos bâtiments vient d'être coulé par les Alliés..."
"C'est bien malheureux Steffen mais nous perdons des U-boot chaque semaine que fait cette guerre. C'était pas un As tout de même ?"

Steffen ne répondit pas. Il se contenta de tendre le message au kaleunt.

"Schönder..."
Ratberg n'en revenait pas, l'U-1061 avait sombré dans l'Océan Indien... Schönder !
L'As parmi les As, le génie de l'Ubootwaffe n'était plus. Un sentiment de colère et d'amertume cohabitait avec une profonde tristesse... Ratberg était las : ce soir il perdait non seulement son commandant, son camarade mais avant tout un mentor et ami. Ce vieux Loup lui avait tout appris. Il avait toujours pensé que si l'un d'entre eux devait s'en sortir et connaitrait la paix ce serait Schönder. Il avait une capacité à se sortir de l'irrémédiable, un sens tactique hors du commun, comment lui avait il pu se faire avoir par un destroyer ?
De nombreuses questions se bousculaient dans sa tête mais aucune ne trouverait de réponses ce soir là...

Le Kaleunt Ratberg se retira un moment dans le carré des officiers et fouilla dans ses affaires. Il sortit son chronomètre que Schönder lui avait remis à son arrivée à la I.Reichsflotte lors de leur chasse au Cap Nord. Il fit ensuite réunir tout l'équipage sur le pont et ils rendirent un dernier hommage au grand homme disparu.

Un clapoti vint rompre la minute de silence, le vieux chronomètre rejoignait les tréfonds de l'Atlantique tandis que Ratberg prenait une terrible décision : il verrait la fin de la guerre ! Cette mission était sa dernière et ensuite il raccrocherait. Ce serait lui finalement qui verrait le nouveau monde sans guerre pour Rall et Schönder...


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Erwan Lafleur
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Re: La dernière torpille

le Jeu 17 Mai 2012, 13:37
Nuit du 12 au 13 mai 194.

Tous les feux étaient éteints, seul balayait la passerelle à intervalle régulier une lumière rouge provenant d’un des instruments de navigation. La radio apporta la funeste nouvelle, deux navires de faible tonnage venaient de subir une attaque meurtrière à la torpille.
Les yeux rivé sur la mer noir ou se reflétait de temps en temps la lune voilée par quelques nuages les secondes s’égrenèrent. Il tourna la tête vers le radio qui secoua négativement la sienne. Puis il se tourna vers son navigateur et d’un geste de la tête tous comprirent que les permissions bien méritée qui avait suivi la magnifique campagne de Méditerranée allait être de courte durée.

Les moteurs poussés à plein régime grondaient depuis les entrailles du Mogador alors que sur la plage arrière les hommes s’afféraient déjà autour du bassin d’embarquement des grenades. Soudain, une silhouette noire se détacha sur fond de bouillonnement d’eau… L’adversaire tentait de plongé mais c’était déjà trop tard il venait de perdre son atout majeur.
Une première vague de charges roulait déjà sur les rails… trop précipitamment du reste car aucune réaction ne fut audible aux déflagrations sous marine, la première vague avait raté son objectif. Qu’a cela ne tienne, les hommes habitués aux combats intenses face à son principale ennemi firent des miracles et déjà une deuxième puis une troisième vague de fûts quitta le bord pour s’enfoncer dans le mélange invisible d’eau du Golfe d’Aden et de l’Océan Indien. Les résultats furent cette fois différentes et, apparemment, les ondes de choque avait atteint le submersible. Un quatrième largage eu le même effet et ce n’est qu’au cinquième lâché que nous eûmes la confirmation que la pression avait été trop forte.

Au point du jour, une nappe noire se répandit à la surface et malgré les recherches aucune âme vivante ne put être sauvée des eaux. Seul flottaient balloté par les flots quelques débris disparates qui furent autant que faire se peut rapatrier à bord de l’Opalescence. C’est suite à la fouille de ces débris que le nom du sous marins fut découvert à la faveur d’un pli émanant de Befehlshaber der U-Boote à l’attention de l’U-1061. A présent qu’un nom avait pu être associé à l’adversaire le commandant descendis sur le pont.


Messieurs, voici tout ce qui reste de l’U-1061quelques cris de joies fusèrent dans les rangsjoyaux de la Kriegsmarine et plus particulièrement joyaux de sa composante sous marine. Ce bâtiment était, d’après nos informations, commandé par Heinrich Schönder… un brouhaha s’élevace commandant parmi les plus redoutables et les plus craint, nous avons eu le privilège et l’honneur de l’affronter et ce jour nous ne boirons pas à la mort de l’ennemi mais à la mémoire de ces combattants...
Il balança la bouteille d‘anisette haut dans le ciel par tribord, bord noble du navire comme le voulait la tradition, puis dégaina et d’une balle fit exploser la bouteille dont le contenu se dispersa dans les eaux.

Amen.
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Re: La dernière torpille

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